Harley et les femmes : la Bielle et la Bête

Bikeuse – Xavier Wattez (Flickr)

De dos sur son chopper Harley, avec son casque de ViKing of the Road, ses tatouages, ses bottes à lanières et sa veste de jean sans manche avec le logo de son H.O.G., on n’aurait jamais dit que ce biker était… une femme !

Tremblez, barbus machos qui pensez que la place d’une femme sur une H-D est à l’arrière ! Fini, la Bielle et la Bête ! La Harley se féminise de plus en plus, parfois au grand dam des puristes qui ne trouvent le sommeil qu’avec la douce musique du Po-ta-toe.

Mais ce combat n’était pas gagné d’avance !  Les femmes, longtemps cantonnées au rôle peu valorisant de Harley babes sexy en diable, durent jouer des pistons pour se faire une place autrement qu’avec leurs courbes généreuses dans cet univers Harley fait par et pour les Mâles rebelles avides de vitesse, d’indépendance et de puissance.

« Sois bielle et tais-toi ! » : la Harley babe

Avec ses lignes fluides, ses courbes, ses rondeurs sensuelles, la Harley est sans conteste la plus féminine des motos. Elle donne au biker la sensation de faire corps avec elle et lui renvoie une image hyper-virile de lui-même. La Marque de Milwaukee a très tôt accentué cette féminisation de ses modèles en les faisant représenter avec de magnifiques pin-up aux poses alanguies. La femme et la machine rivalisaient ainsi de formes généreuses sur ces affiches et plaques publicitaires qui se répandaient partout déjà dans les années 30. Le développement de la marque doit beaucoup à ce véritable courant d’art populaire, le phénomène Pin-up, qui connut son apogée dans les années 50 avec le Bikini, et perdure avec la photo d’art et le retour en grâce de la Harley Babe.

Mais ce rôle de jolie potiche dans lequel le monde biker cantonnait la femme ne convenait pas à certaines d’entre elles. Ces Action ladies voulaient elles aussi piloter ces superbes montures et montrer qu’elles pouvaient rivaliser avec les hommes. Le « Sois bielle et tais-toi », très peu pour elles !

Les Harley Ladies des premiers temps n’avaient pas froid aux yeux

Avis et Effie Hotchkiss

En 1915, Une mère de famille et sa fille, Avis et Effie Hotchkiss, se lancèrent dans un exploit qu’aucune femme n’avait encore jamais réalisé : la traversée aller et retour de l’Amérique, de New York à Sans Francisco, sur une Harley Speedlay V-Twin à 3 vitesses avec side-car. Le side, c’est l’idéal pour se reposer à tour de rôle, surtout quand on trace sur des routes non encore bitumées ! Leur voyage dura 4 mois et les fit entrer dans l’Histoire de la Moto.

Elles furent aussi les premières à prouver que les femmes pouvaient piloter une moto aussi bien que les hommes. Sans en avoir conscience, elles ouvrirent une brèche dans laquelle ne tardèrent pas à s’engouffrer d’autres femmes.

Une bikeuse Noire sillonne en Harley les USA dans les année 30-40

La plus célèbre de ces amazones revendiquant leur part du mythe Harley fut une femme de couleur, Bessie Stringfield. Surnommée ″ la Reine motarde de Miami ″, cette petite orpheline afro-américaine d’origine jamaïcaine commença à piloter des motos dans les années 20, dès l’âge de 16 ans.

A 19 ans elle partit toute seule sur une Harley, sillonnant 48 Etats jusque dans les années 40, bravant toutes les conventions et les préjugés d’une société américaine très puritaine. Lors de ses raids dans les Etats du Sud ségrégationniste, elle subissait les vexations et quolibets de la population, et ne pouvait compter que sur ses frères de couleur pour l’héberger. Mais souvent elle dormait sur sa machine dans les stations-service. Une vraie aventurière ! Jusqu’au jour où le pick up truck d’un Blanc raciste la heurta volontairement…

Bessie Stringfield, pionnière Harley

Mais il en fallait davantage pour arrêter l’intrépide Bessie ! Ne gagnait-elle pas  sa vie en réalisant des cascades dans des shows de carnaval ? Ses talents lui valurent une certaine notoriété dans la presse locale, qui l’avait surnommée la « Black Motocyclette Queen ». Fière d’assouvir sa passion pour la moto et d’en vivre, et consciente de lutter pour l’émancipation des femmes Noires en changeant le regard des gens, elle contribua à faire évoluer les mentalités.

Bessie et Dot, l’opposition de deux styles

Quand la 2e Guerre mondiale éclata, Bessie s’engagea dans l’unité d’expédition motocycliste de l’US Army, et fut pendant 4 ans une estafette très active sur sa WLA. Cette femme d’exception disparue à l’âge de 82 ans posséda en tout 27 Harley et pilota jusqu’à la fin de sa vie. Elle reçut les honneurs de son vivant en 1990, lors d’une exposition consacrée aux H-D Heroes, organisée par l’American Motorcyclist Association (A.M.A.). En 2002, elle entre dans le Motorcycle Hall of Fame AMA. Une belle consécration pour une petite femme à la volonté indomptable !

Dot Robinson – Fondatrice des Motor Maids

Sa contemporaine blanche Dot Robinson, elle aussi entrée au Motorcycle Hall of Fame, est, comme Obélix, tombée dans la marmite de potion Harley quand elle était petite : son père était coureur amateur et constructeur de side-cars. Elle participa à sa première course en 1930, à l’âge de 18 ans, puis elle remporta la fameuse Jack Pine en 1940, devenant ainsi la première femme à gagner une course d’endurance de l’A.M.A. L’année d’après, la Firme de Milwaukee reconnaissante lui offrit son aide pour ouvrir une concession H-D à Detroit, qu’elle dirigea jusqu’en 1971.

Motardes de tous les pays, unissez-vous ! H.O.G. !

Linda Dugeau – co-fondatrice des Motor Maids

Avec une autre fameuse Harley woman, Linda Dugeau, Dot Robison fonda un club : les Motor Maids, la première organisation de femmes motocyclistes d’Amérique du Nord. Ce groupement lancé en 1940, et toujours en activité, connut très vite un grand succès, participant à de nombreuses manifestations AMA et des galas de bienfaisance. Pour faire partie du club des « Servantes motorisées », les femmes se devaient d’être élégantes, bien maquillées, et de porter… des gants blancs ! Car le but de ce groupe est de montrer que les femmes peuvent piloter des motos tout en restant féminines. Pas d’hommasses aux mains graisseuses sapées comme des mecs chez nous !
Mais celles qui  ont l’âme d’une vraie Amazone optent plutôt pour les Ladies Of Harley ( L.O.H. ), un Harley Owners Group lancé par la Marque en 1981. Celles-ci n’ont pas pour objectif de rester de charmantes motocyclistes coquettes et dévouées, mais de s’affranchir de l’hégémonie masculine sur la planète Bikers. Indépendantes des hommes, ces dames se réunissent entre elles pour le fun, pour organiser des raids et partager leur passion de la Harley.

Ladies Of Harley – Photo du HOG

Initials B.B., initials H-D

En cela, elles sont les héritières directes de ces femmes libérées des années 60 qui revendiquèrent l’égalité des sexes, entre autres en chevauchant, suprême signe d’égalité, ces engins magnifiques qui n’étaient plus désormais les montures exclusives des hommes. Avec le Flower Power beatnik et la mode des choppers, L’Amazone attitude est lancée, les femmes en pattes d’eph s’emparent du guidon Harley et affirment leur indépendance vis-à-vis des hommes. Les Brigitte Bardot, Janis Joplin et autres Jane Fonda bousculent sans aucun complexe les habitudes machistes des bikers.

Si, pour le cinéaste Roger Vadim, Dieu créa la Femme, l’homme créa la Harley. Et les deux créations étaient destinées à se rencontrer.  Initials B.B., initials H-D : quand les doubles initiales de deux mythes modernes fusionnent, le résultat est explosif !

En 1967 sort en 45 tours la fameuse chanson de Gainsbourg, « Harley-Davidson », avec sa pétarade mécanique. Dans le clip en noir et blanc qui passe à la télé, B.B. en mini-jupe juchée sur une Harley customisée chante sa liberté farouche et fait voler en éclats l’image phallocrate de la pin-up toute entière au service d’un plaisir machiste.

Et si la plastique parfaite d’une bombe anatomique est encore mise en avant, cette fois c’est pour incarner dans toute sa splendeur la Féminité sauvage et individualiste.

La Harley, la plus belle conquête de la femme moderne ?

De nos jours, 9 à 10 % des acheteurs de Harley sont des femmes… un chiffre en constante progression. Le marché des hommes étant saturé, H-D entend bien faire de cette clientèle séduite par l’Esprit Harley un moteur de croissance. Sans y perdre son âme ! Pour ancrer cette tendance, la Marque lance sa nouvelle Street 750. Ce modèle, qui garde le Harley Sound et la ligne basse tout en étant plus léger, plus maniable, est destiné à ces femmes actives, urbaines, indépendantes, managers et en même temps bikeuses le weekend. Elle soigne même leur équipement, en leur proposant une collection de bottes griffées H-D.

Et comme la Marque ne fait jamais les choses à moitié, elle a même lancé l’événement « Chromes and Roses » dans cinquante concessions françaises, des soirées entre femmes pour inviter des clientes potentielles à constater par elles même qu’elles peuvent piloter des Harley, en découvrant le plaisir que cela procure.

Alors, comme le dit la chanson, la femme est-elle l’avenir de la Harley ? Le futur nous le dira.

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